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“Bonsoir…”, que se passe-t-il ? Lumières éteintes, le son de claviers est grave et sombre. N'ayez crainte, une charmante femme s'approche accompagnée de quatre enchanteurs. Que veut-elle ? Un concert doit commencer mais comment nous jeter à l'eau ?? Corinne est là pour nous rassurer, et pour cela elle a une petite histoire à nous raconter, sortie d'un livre qu'elle nous dit avoir trouvé en coulisses. Le piano nous rappelle une intro de Tunnel of Love, alors laissons-nous y emporter par Corinne. Sa bande de troubadours a eu la merveilleuse idée de nous faire voyager pendant une heure intense dans la vie de Marko faite de souvenirs.
Le départ est fébrile, mais la suite est tellement entraînante. La mélodie est magnifique, composée par Christophe, le guitariste fan du groupe, le conteur qui a posé ces mots sur le livre de Corinne. Le sait-elle ? Lui connaît l'histoire par cœur, que dis-je ? C'est son coeur qui a parlé ! Sa mélodie transpire cette passion tant elle est intense et prenante. Elle accélère, nous entraîne puis s'adoucit jusqu'aux premiers sons de la belle voix de Coco : "Il repense à tout ce qu'il a vécu. Ses histoires d'amour, ses longues ballades dans les rues…". Le ton est donné, le rêve et le souvenir, ceux d'un guitariste un peu mélancolique, qui regarde derrière lui pour avancer dans son art, qui regarde sa vie, celle de ses idoles, celle de ces femmes qui l'ont tranché à vif. C'est alors que "Six Blade Knife" s'enchaîne magnifiquement sous les coups de basse de Sébastien et la teinture jazzy du clavier de Jérôme. Corinne s'efface alors pour laisser la place à la voix et la guitare de Christophe qui prend le rôle du protagoniste de l'histoire. Il n'usurpe en rien ce rôle de composition, et l'adapte à sa manière. Le son et le toucher de guitare y sont, à la fois personnels et knopflérisants. Ce couteau à six lames termine de s'aiguiser par une emballante montée en puissance. Le son de guitare devient tranchant et saturé. Une légère erreur de gamme sur le solo est rapidement maîtrisée et surtout vite oubliée avec la suite : puissance, inspiration, feeling, enchaînement naturel des notes rappelant les plus grands moments de "Calling Elvis", Christophe se lâche pour le bonheur de nos oreilles. Le premier volet s'est ouvert telle une illustration, une image vivante du livre de Coco. La bande ne se contente pas de copier, elle personnalise et fait vivre le morceau. Le public est déjà sous le charme et une nappe de claviers grave annonce le 2ème épisode…
Accompagnant la même mélodie Corinne nous raconte le début des Straits, les fins de mois difficiles, l'antithèse du punk ambiant, et la révélation par Charlie Gillett. C'est alors qu'apparaissent en fond de scène les images de la naissance de ce groupe magique, illustrations préparées par l'infatigable Samuel. Tout est alors réuni : une histoire émouvante, une belle et troublante mélodie, une voix captivante, des images familières rappelant à chacun sa découverte de ce son magique. L'émotion se fait intense. Je pense ne pas être le seul à avoir senti ma gorge se serrer et une larme naître à ce moment…et par la suite. "Et il se souvient, de cette jetée sur laquelle ils marchaient. Et il se souvient, de ce que cette fille lui disait…" : let's go "Down to the Waterline" ! Les garçons ouvrent le deuxième volet sur l'eau scintillante comme le son de la Strato de Christophe, quel voyage ! C'est directement par le pont que le groupe attaque la traversée, pour nous en proposer un extrait et le couplet final. Ce spectacle alterne habilement interprétations intégrales et extraits, donnant un rythme enthousiasmant au concert. : vite la suite !
S'ensuit le récit du succès américain de cette musique cool, de cet hommage à la musique noire, de cet hymne aux bandes de potes qui se rassemblent pour célébrer la musique en public le vendredi soir (nous c'est le samedi…), à tous les "Sultans of Swing". Tambours battants, le groupe attaque directement par le fameux riff de refrain donnant ainsi un enchaînement explosif. Au menu : le dernier couplet et l'incontournable solo final. La guitare de Christophe lui fait honneur avec une nette inspiration des versions de 1985, avec toujours cette touche walnutesque faisant du ralentissement du rythme, non pas le célèbre intermède au piano, mais une partie intégrante de son solo jusqu'au feu d'artifice final. Toutes les figures imposées de ce classique sont passées avec un certain plaisir. Le bateau est lancé, rien ne peut arrêter Walnut Groove, ni même la mélancolie de la voix de Corinne racontant ensuite la douleur du départ d'un frère, l'arrivée de la critique, la fuite douloureuse d'une femme. D'ailleurs Marko ne s'est pas arrêté puisant cette énergie vitale chez ses idoles comme Dylan, dans la puissance du Boss comme l'écrit Christophe, puisant dans ses souvenirs d'enfance. Il refait le film pour se souvenir… Sans peur le Walnut Rock'n'Roll Orchestra se lance dans un final explosif de "Tunnel of Love". Et cela commence par le rageur break de batterie comme si ce chef d'œuvre marquait la révolte brutale et salvatrice face aux aléas de la vie et aux douloureuses déceptions. Une vraie leçon de vie touchante ! Le maître des fûts Matthieu se fait alors magistralement remarquer. L'interprétation des derniers couplets se veut très cool, poétique, en phase avec l'esprit du tunnel de l'amour. La montée en puissance est lyrique et passionnée. Dommage qu'un problème de branchement nous ait privés de basse durant quelques secondes. Les flots du piano de Jérôme nous amènent ensuite au cinquième épisode, celui de la protest song, de la critique sociale, de l'histoire urbaine faite de folie et de déclin, et à Walnut de s'engager dans la "Telegraph Road" en entière, jusqu'au bout comme pour mieux entendre "l'âme des pionniers". Le son de guitare de l'alchimiste rappelle la tournée Love Over Gold. La troupe démontre que l'on peut s'aventurer sur cette route à quatre musiciens, de manière dépouillée.
En trois épisodes la troupe a su intégrer magistralement à son récit les trois plus grands chefs d'œuvre de Marko, et cela avec des transitions parfaites, sans anicroches mélodiques. Le public est déjà conquis. Coco raconte comment le maître apporte sa touche, sa sensibilité musicale à d'autres artistes, c'est le moment choisi par les Groovers bordelais pour démontrer également leur alchimie créatrice par un intermède instrumental de leur composition. Ambiance très lounge bluesy, c'est géant ! Il y a comme du "Echoes" de Pink Floyd dans l'air, du jazz et de la magie. Le groupe régale nos oreilles : le jeu de piano de Jérôme est merveilleusement inspiré et la basse Sébastien nous fait swinguer. Cette magnifique pause jazzy montre qu'un groupe n'est jamais aussi bon que quand il joue sa propre musique. C'est un véritable groupe à l'unisson. A voir absolument sur les scènes du Sud Ouest ! Après avoir basculé sur l'intro aLHEMY de "Tunnel of Love" les sympathiques lurons se présentent, chacun se distinguant par un petit solo, notamment Mathieu à la batterie. Ils portent bien leur nom, ils ont le rythme dans le cœur.
La suite est à la hauteur du succès de Brothers in Arms. Corinne fait bien d'appuyer le caractère engagé de cet opus trop assimilé aux tubes des années 80. Et quoi de mieux pour cela que d'illustrer par sa folk song la plus forte…"The Man's too Strong". C'est le grand moment de ce "concert concept". Christophe chante seul avec cette guitare chromée si symbolique juste accompagné par une rythmique légère de la batterie de Matthieu et tambourin de Corinne. Jérôme se lève de son piano, siffle comme un cow-boy, danse avec Coco et Sébastien qui ne fait intervenir sa basse que discrètement au refrain, sans l'explosion de claviers que l'on connaît. Ce morceau semble reprendre sa couleur originelle qu'il n'aurait jamais dû perdre sur l'album : une folk song à la guitare. Christophe l'a compris, se l'approprie en se permettant de délicieux riffs. Son sourire trahit son bien-être sur scène. L'ambiance est à la fête sur scène comme dans le public ravi. Toute l'extrême sympathie et décontraction de cette troupe bordelaise s'exprime pleinement à ce moment. Je vous le dis, dès leur arrivée la veille ils n'ont jamais perdu le sourire du week-end.
Ce thème mélodique qui nous marque déjà au bout d'une heure de concert, reprend pour annoncer la fin de dIRE sTRAITS après On Every Street et la naissance d'un homme libéré en solo. On regrette de les voir quitter la scène si tôt sans un "Calling Elvis" (grand absent de cette journée) ou un "Planet of New Orleans" (ils en étaient capables !!) et sans passer en revue la carrière solo. Pour un 2ème concert alors ! Et à Corinne de conclure "Et il se souvient, de la folie des années 80. Et il se souvient, de ses rêves lorsqu'il était gamin…". Et nous nous en souviendrons très longtemps de ce magnifique concert, non seulement très bon musicalement mais également très chargé en émotions. Incontestablement, le coup de cœur de la soirée. L'interprétation de cette composition restera unique pour cette soirée. Quel bonheur d'y avoir assisté ! Merci.
dENIS

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