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Biographie
 

[ MK en quelques dates ]

12 Août 1949 : Naissance à Glasgow (Ecosse). Mark est le fils d'une institutrice britannique et d'un architecte juif hongrois.

8 Juin 1978 : Parution de Dire Straits, premier album du groupe anglais Dire Straits.

17 Mai 1985 : Parution de Brothers In Arms, 5ème album de Dire Straits qui sera utilisé pour promouvoir le CD (aujourd'hui les ventes dépassent 30 millions d'exemplaires).

1 Juin 1990 : Mark Knopfler décide de reformer Dire Straits après 4 ans d'absence.

9 Octobre 1992 : Dernier concert du groupe Dire Straits à Saragosse (Espagne) au terme d'une tournée mondiale gigantesque de 229 concerts.

25 Mars 1996 : Parution du premier album solo de Mark Knopfler, Golden Heart, aux accents celtiques.

17 Mars 2003 : Grave accident de la circulation. Mark, en moto, est percuté par une automobiliste à Londres. La tournée prévue quelques mois plus tard est annulée. Bilan : 1 clavicule et 7 côtes cassées.


[ Sommaire ]

Préambule

Dire Straits ou la naissance d'un groupe mythique

Sur le toit du monde

La fin d'une ère - Le début d'une carrière solo

"Sailing to Philadelphia - A world away from the Coaly Tyne"

Don't crash the ambulance

"It's the end of a perfect day..."

La tournée Shangri-La

All the roadrunning : Knopfler à deux voix

Mini tournée et souvenirs visuels et sonores

Kill To Get Crimson

Une tournée d'exception

Lucky to get lucky


[ Biographie complète ]

Préambule :

Mark Knopfler est né à Glasgow le 12 août 1949. Il est le fils d'une institutrice britannique et d'un architecte juif hongrois ayant fui les nazis au début de la seconde guerre mondiale pour s'exiler en Grande-Bretagne. La famille déménage vite pour Newcastle où Mark et son petit frère David grandissent. Mark, encouragé par ses parents, nourrit une passion pour la musique et ne rêve que de guitare. Adolescent il gagne le sud de l'Angleterre et joue dans des groupes locaux en marge de ses études de journalisme.

Après ses études Mark part à Leeds travailler comme reporter au Yorkshire Evening Post. C'est à cette époque qu'il rencontre le guitariste de blues Steve Phillips avec qui il se découvre des affinités musicales et joue beaucoup. Ils se produisent un moment sous le nom des Duolian String Pickers. C'est sans doute à cette époque que Mark, gaucher contrarié, commence à développer son propre style à la guitare à partir du jeu en picking que lui fait découvrir Steve. Après deux ans comme journaliste, Mark reprend des études de littérature. Il joue de nouveau dans divers groupes avant de redescendre à Londres pour y chercher du travail. Il se présente à une audition et est engagé par le groupe Brewers Droop. Mais Mark traverse une mauvaise passe, pas d'argent, un premier mariage qui va mal et un groupe pas aussi épanouissant qu'il le souhaiterait. Il se décide finalement pour un poste de conférencier à l’université d’Essex. Au milieu des années 70, David Knopfler est lui aussi en route pour Londres après avoir abandonné ses études. Il séjourne quelques semaines chez Mark et les deux frères passent toutes leurs soirées à jouer, notamment à deux guitares acoustiques. Au moment où David s'installe à Londres, Mark fait partie d'un groupe qui connait un certain succès dans les pubs locaux, les Café Racers. David partage alors son appartement avec John Illsley, un bassiste originaire de Leicester qu'il ne tardera pas à présenter à Mark. Un soir John remplace le bassiste des Café Racers sur scène. C'est là que commence sa longue association musicale avec Mark, qui décide de venir s'installer avec David et John pour que les trois hommes puissent former leur propre groupe.

Dire Straits ou la naissance d'un groupe mythique :

Le groupe commence à répéter les chansons de Mark dès l'été 1977, et le batteur Pick Withers, connaissance de Mark, vient compléter l'équipe. Ils reprennent tout d'abord le nom de l'ancien groupe de Mark, Café Racers, avant qu'un copain de Pick ne leur suggère de nommer le groupe Dire Straits (dire straits: mauvaise passe / to be in dire straits: être dans la dèche) à la vue de leur situation financière déplorable. C'est l'époque des concerts qui ne rapportent rien, devant une audience souvent peu nombreuse. Ils tentent alors le tout pour le tout en abandonnant leur travail pour se consacrer à la musique.


Dire Straits en 1978 Le groupe va décoller grâce à une cassette de démos qu'ils enregistrent et que Charlie Gillett, présentateur sur BBC Radio London, va apprécier au point de la passer à l'antenne sans même prendre le temps de prévenir le groupe. Le succès est tel que les offres de contrat affluent et c'est finalement John Stainze de Phonogram qui parviendra à faire signer Dire Straits. Stainze contacte Ed Bicknell pour qu'il fixe des dates de concert pour le groupe, et Ed décide de devenir le manager de Dire Straits après les avoir entendus jouer en décembre 1977. Dès janvier 1978, le groupe commence une tournée en première partie de Talking Heads, autre groupe dont s'occupe Ed Bicknell. Ils entrent enfin en studio en février pour enregistrer leur premier album, intitulé simplement Dire Straits. Avant la sortie de l'album en juin et le début de la tournée associée, le groupe continue de jouer les premières parties en Grande-Bretagne. Puis leur première vraie tournée débute et le succès de l'album est grandissant au fur et à mesure qu'ils se produisent aux Pays-Bas, en Belgique ou en Angleterre à la fin de l'année 1978. En marge du mouvement punk de l'époque, le groupe commence enfin à vraiment faire parler de lui.

La musique de Dire Straits trouve rapidement son public, le son clair et sophistiqué du groupe est apprécié et immédiatement reconnaissable. Le premier album fait ainsi son chemin comme une lente épidémie, malgré l'oeil sévère ou indifférent des critiques. Les textes et le jeu de Mark constituent l'attraction principale aux yeux du public. Le titre "Sultans Of Swing" s'installe sur les ondes et l'album se fait une place dans les charts.

En décembre 1978 le groupe part pour Nassau (Bahamas) pour y enregistrer le deuxième album. La plupart des titres de cet album ont déjà été joués à la fin de la tournée 78 et la maquette enregistrée à Londres est tellement bonne qu'il ne reste alors au groupe qu'à enregistrer les morceaux dans les conditions optimales du studio, sous la coupe des producteurs Jerry Wexler et Barry Beckett. Ce dernier participe même à l'album, aux claviers sous le pseudonyme de B.Bear. C'est Communiqué, seul titre composé à Nassau qui donnera son nom à l’album.

La tournée Communiqué débute en février 1979 alors que l'album remporte un succès mitigé. Mais le public est au rendez-vous. Le groupe accumule les concerts, joue pour la première fois aux Etats-Unis et finit l'année par un concert au Rainbow Theatre de Londres, filmé par la BBC pour un documentaire sur Dire Straits. Les interviews diffusées dans ce documentaire montrent un groupe en pleine remise en cause. Les quatre membres de Dire Straits sont fatigués et David explique même qu'il ne pense pas que le groupe soit armé pour faire face à de telles tournées et à une telle demande de la part des médias.

Mais les Straits sont si appréciés que Bob Dylan en personne réclame Mark et Pick sur son album Slow Train Coming, dont les sessions furent intercalées en mai 1979 au milieu de la tournée.

Des tensions apparaissent au sein du groupe, notamment entre les deux frères Knopfler. C'est sans doute pour cette raison que David quitte Dire Straits en 1980 pendant l'enregistrement de Making Movies, troisième album des Straits. La présence de Jimmy Iovine à la production et de Roy Bittan aux claviers renforce le côté rock des compositions de Mark pour donner lieu à l'album le plus énergique des Straits, à la manière du jeu qu'ils déploient sur scène. Les deux pièces majeures de Making Movies sont sans aucun doute "Tunnel Of Love" et "Romeo And Juliet", qui fut leur deuxième grand hit après "Sultans of Swing" et prouve bien la diversité musicale du groupe.

Le groupe embarque alors une fois de plus pour une énorme tournée, et avec lui deux nouveaux membres: Alan Clark aux claviers et Hal Lindes à la guitare. Cette tournée mondiale marque la montée en puissance du groupe après le demi-échec de Communiqué et l'évolution du son grâce à l'apport des claviers. Mark compose beaucoup durant cette longue tournée, c'est ainsi que "Telegraph Road" apparaît dans les concerts en 1981 et que Mark réunit un total de vingt compositions en vue d'un double album. Mais face aux enjeux commerciaux et aux réticences de son manager, le groupe n'enregistre finalement que sept titres à New York au deuxième trimestre de 1982. La chanson "Private Dancer" est abandonnée pour faire le bonheur de Tina Turner en 1984, alors que "The Way It Always Starts" sera réenregistrée pour la BO de Local Hero. Cinq titres seulement composent donc bizarrement le quatrième album de Dire Straits, Love Over Gold, dont une version épique de 14 minutes pour "Telegraph Road". C'est Mark qui produit l'album, avec l'aide de l'ingénieur du son Neil Dorfsman. A la fin de l'enregistrement Pick Withers quitte le groupe, exprimant le désir de se consacrer au jazz.


Mark Knopfler en 1982 En juillet-août Mark se lance alors dans l'enregistrement de la musique du film Local Hero de Bill Forsyth et David Puttnam. Une première expérience réussie puisque le thème de Local Hero est désormais devenu un classique... Entre les nombreuses participations de Mark pour les albums d'autres artistes, les Straits se réunissent quelques jours aux Jam Studios de Londres pour enregistrer le maxi Twisting By The Pool, qui renoue avec le style rock'n'roll du groupe et vient contrebalancer le ton jugé trop lugubre de l'album Love Over Gold. Cet enregistrement marque aussi les débuts de Terry Williams, nouveau batteur de Dire Straits. La tournée qui suit ne reniant pas la tradition, elle est encore plus importante que la précédente. Dire Straits joue même au Japon pour la première fois de son histoire. La nouvelle formation fonctionne à merveille, et les compositions épiques de Love Over Gold renforcent un répertoire déjà fourni pour donner lieu à des concerts d'anthologie, comme ceux donnés en juillet 1983 à l'Hammersmith Odeon de Londres. Ces concerts sont enregistrés pour devenir le premier live du groupe, Alchemy, double album de référence sorti en 1984.

A la fin de la tournée Mark compose et enregistre les bandes originales de Comfort And Joy et Cal. C'est à cette époque qu'il commence à travailler avec Guy Fletcher aux claviers, et ce dernier rejoindra très vite Dire Straits aux côtés d'Alan Clark. Côté état civil, Mark épouse Lourdes Salomone en novembre 1984.



Sur le toit du monde :

C'est leur cinquième album, Brothers In Arms, qui va consacrer Dire Straits en tant que phénomène planétaire. Enregistré sur l'île de Montserrat entre novembre 1984 et février 1985, cet album va devenir leur plus grand succès commercial et correspondre avec le décollage du support CD. Même si le son de cet album peut justement paraître trop commercial, on ne peut que s'incliner devant les compositions réunies ici et qui seront autant de hits. "So Far Away", "Walk Of Life", "Money For Nothing", "Your Latest Trick", "Brothers In Arms"... Peut-être l'album le plus léger par la production mais le plus dense par le contenu.

La composition du groupe a encore évolué au cours de l'enregistrement, avec Jack Sonni à la guitare en remplacement d'Hal Lindes. Le saxophoniste Chris White devient aussi un membre du groupe à part entière au moment d'attaquer la tournée. L'équipe de Dire Straits commence son tour du monde des stades par un concert à Split fin avril 1985 et ne goûtera pas au repos avant le 26 avril 1986 et un gigantesque final à Sydney. Ce dernier concert de la tournée Brothers In Arms fut largement diffusé sur les radios et télévisions locales pour combler en partie le manque de billets, malgré plus de vingt concerts donnés à cet endroit ! De nombreux invités ont joué avec Dire Straits à l'occasion de cette tournée : Eric Clapton, JJ Cale, Bob Dylan, Hand Marvin, Paul Young ou encore Sting.

MK en 1985
Après le Live Aid de juillet 1985, c'est un autre concert de charité qui mettra fin à la longue période de disette pour les fans de Dire Straits, malgré les nombreuses collaborations de Mark et la sortie de la musique du film The Princess Bride de Rob Reiner. Mark, père des jumeaux Benji et Joseph depuis le 9 novembre 1987, s'était alors mis à l'écart de la pression engendrée par Dire Straits, mais la campagne des artistes contre l'apartheid va le motiver pour reformer le groupe et lui donner l'occasion de briller une nouvelle fois. Dire Straits conclut le concert en hommage à Nelson Mandela du 11 juin 1988 à Wembley, et séduit les milliers de spectateurs et les millions de téléspectateurs grâce à des excellentes versions de succès comme "Brothers In Arms", et avec un deuxième guitariste de luxe en la personne d'Eric Clapton.

Dire Straits en 1985
Dire Straits est alors sur le toit du monde, mais Mark ne se sent pas encore prêt à enregistrer un nouvel album avec le groupe. Il continue son travail en studio et sur scène avec d'autres artistes, et compose la musique de Last Exit To Brooklyn. La compilation Money For Nothing sort en septembre 1988 et remporte un énorme succès, mais que le temps est long depuis la sortie du dernier album en 1985 !

Pendant cette période post-Brothers In Arms, Mark retrouve ses amis de longue date Steve Phillips et Brendan Croker pour jouer en toute simplicité dans un pub à Leeds. Peu après Mark propose de produire le prochain album de Steve, qui suggère un album en duo avec Brendan. Mark commence à travailler avec eux mais l'entente est si bonne qu'ils décident de former un groupe, The Notting Hillbillies. Ils enregistrent quelques morceaux blues et country pour le plaisir, mais la maison de disques se montre intéressée et c'est ainsi que sort début 1990 le seul album du groupe à ce jour, intitulé ironiquement "Missing … Presumed Having A Good Time".

Les Notting Hillbillies partent en mini-tournée sur les routes d'Angleterre alors que l'album entre au top 10 en Grande-Bretagne. Guy Fletcher est aux claviers et Ed Bicknell à la batterie. Le mélange de vieux titres revisités et des quelques compositions du groupe (dont une chanson magnifique écrite par Mark, "Your Own Sweet Way") plaît au public et le nom de Mark Knopfler fait toujours vendre. Il en sera de même pour l'album Neck And Neck que Mark enregistre avec son idole de toujours, Chet Atkins, qui verra d'un coup ses ventes multipliées par six. Cet album à l'ambiance intimiste regroupe aussi des morceaux traditionnels réarrangés, et une composition de Mark intitulée "The Next Time I'm In Town". Mais après cinq ans d'interruption et un concert de charité à Knebworth Park, Mark et John Illsley décident qu'il est temps de retourner aux affaires avec Dire Straits. Mark passe l'été 1990 à écrire et revient avec 15 titres pour le nouvel album. C'est à Londres que le groupe entre en studio en novembre pour enregistrer On Every Street. De nombreux musiciens prestigieux participent à cet album, autour du noyau dur qui compose réellement Dire Straits (Mark Knopfler, John Illsley, Alan Clark, Guy Fletcher). C'est ainsi qu'on retrouve Jeff Porcaro et Vince Gill sur l'album, ainsi que Paul Franklin à la pedal steel, instrument énormément utilisé par Mark à cette époque. On Every Street a de quoi surprendre si on le compare aux précédents albums de Dire Straits.


MK en 1992 Mais le côté traditionnel et un peu « country » du dernier album de D.S. est bien dans la lignée du travail effectué par MK au cours des années précédentes, et le guitariste au bandeau continue naturellement son évolution musicale avec le groupe de ses débuts. Même si certains font la fine bouche, l’album sera un succès, avec en tête le single "Calling Elvis" appuyé par le clip le plus cher de l’histoire du groupe. La marionnette MK, tête basse, guitare sans vie, ère dans les couloirs en traînant sa croix. Cette image marquante du clip résume peut être l’état de la star en ce début d’année 1993 après 15 ans de DS dans les pattes …

Malgré la fatigue ressentie à la fin de la tournée B.I.A., les Straits embarquent pour une dernière et laborieuse tournée mondiale. Outre Paul Franklin et Chris White le groupe s’est enrichi de trois nouveaux membres : Phil Palmer à la guitare, Chris Whitten à la batterie et Danny Cummings aux percussions. La musicalité est là, mais l’émotion moins. Dire Straits est une machine bien huilée et la fantaisie disparait au fil des concerts. Plusieurs d’entre eux sont pourtant enregistrés et c’est à la limite de l’indigestion que Mark réécoute les bandes de la tournée et produit presque à contre cœur un album live au son trop pur, On the night, qui reste néanmoins un superbe extrait des performances de la tournée. Il se vend comme des petits pains et la diffusion du single "Your Latest Trick" sur toutes les ondes rend DS définitivement universel. La sortie de cet album en 1993 marque la fin de l’ère D.S.

La fin d'une ère - Le début d'une carrière solo :

Bien sûr le jeune Knopfler rêvait de pouvoir vivre de musique, et tout a fonctionné au-delà de ses espérances. Mais le succès a mené le groupe – son groupe - jusqu’au point de rupture. Les qualités musicales ne sont pas en cause, c’est l’humain qui a trinqué : trop de pression, trop de marketing, trop de tournées, trop de soirées dans trop de villes étrangères … Pas assez de temps dédié à la création artistique, pas assez de vie familiale, plus assez de musique entre potes … A 43 ans MK va progressivement s’éloigner de la légende pour ne jamais éprouver le besoin d’y revenir. Les Notting Hillbillies reprennent du service pour un ou deux concerts de charité … juste pour le plaisir …

Entre 1993 et 1996 MK est dans une sale période, il va se mettre en retrait pour décompresser et tenter de se reconstruire au niveau personnel et de se donner de nouveaux objectifs. Son management a du mal à le suivre, tant l’artiste est renfermé et communique peu sur ce qu’il veut faire – au jour le jour comme pour son orientation de carrière. On le pousse à s’activer, avec des contrats pour des musiques de films par exemple, mais Mark refuse tout en bloc. Au gré de ses voyages il contribue aux albums de nombreux artirste qui influenceront ses propres créations. Heureusement des chansons d’une grande variété continuent à naître de sa plume. Selon les rencontres elles seront enregistrées avec des musiciens spécifiques voire traditionnels.

Certains morceaux nécessitent flûte, violon ou cornemuses, et c’est l’ami Paul Brady, rencontré via Damage Management, qui donnera l’occasion aux meilleurs musiciens irlandais – dont le noyau dur des Chieftains – de travailler ensemble pour une session à Dublin. Ils s’appellent Donal Lunny (bouzouki), Liam O'Flynn (uilliean pipes), Derek Bell (Harpe irlandaise), Sean Kean (violon), Mairtin O’Connor (accordéon) ou bien sûr Paul Brady (flûte), et vont donner aux nouvelles compositions knopfleriennes une ambiance celtique jamais entendue sur un album de DS. Le virage est amorcé. On trouve aussi trace du passage de Mark à Dublin sur l’album The Long Black Veil des Chieftains avec un bel arrangement du traditionnel "Lily Of The West". Il renouvellera l’expérience au moment de la tournée 1996 pour enregistrer "On Ralan Road", sortie sur la compilation Sult – Spirit Of The Music. Un morceau mythique pour Mark, qui aurait aimé l’avoir composé, comme "Promised Land" de Chuck Berry, souvent cîté en tête de liste.

Pour les morceaux plus rock, Mark choisit Nashville et la crème des musiciens de studio sélectionnés par son joueur de pedal steel Paul Franklin. Ces vieux roublards sont davantage habitués aux sessions country mais savent sonner rock comme personne. Ils donneront en effet satisfaction puisque les Richard Bennett (guitare), Glenn Worf (basse) ou Chad Cromwell (batterie) sont de tous les projets depuis cette date. Les sessions de Nashville forment l'ossature du futur premier album solo de MK, Golden Heart. La longue liste de ses collaborations se complète : le titre "Atlantis" est capturé pour un hommage aux Shadows, et Waylon Jennings le rejoint pour une version ultime de "Learning The Game" pour un autre hommage, à Buddy Holly.

Mark se rend également en Louisiane pour jouer sur l'album de l'inimitable guitariste slide Sonny Landreth, rencontré à Londres. Il en résulte trois morceaux de l'album très réussi South of I-10, et quelques essais pour Golden Heart. Mark invitera finalement Sonny et ses musiciens à Nashville pour retravailler ces essais, finalisant un titre à l'accent cajun "Je Suis Désolé" et un bœuf monumental à trois guitaristes, "Gravy Train" paru seulement en B-side.

Enfin, quelques sessions prennent place à Londres avec – notamment - Nick Lowe. Malheureusement, hormis "My Claim To Fame" utilisée pour un documentaire et sortie également en B-side, ces enregistrements ont rejoint directement les archives de la maison de disques. A ce jour, les fans espèrent toujours la sortie d'une compilation d'inédits où ils retrouveraient les "Battling For England", "No Wonder He's Confused" et autre "Secondary Waltz".

Le matériel du premier album est ainsi rassemblé progressivement, la sélection finale formant un ensemble parfaitement abouti et très riche musicalement. On note la collaboration d'amis de longue date à la touche finale : Danny Cummings aux percussions, Barry Beckett au piano, Guy Fletcher, Brendan Croker et Vince Gill aux backing vocals. Le mélange de styles, loin du purisme, est réussi.

Pendant cette hibernation médiatique, deux albums anecdotiques sont parus : Live At The BBC de Dire Straits, et Screenplaying, compilation des musiques de films enregistrées par Knopfler jusque là. On peut aisément deviner que le principal (in)intéressé n'y a pas jeté une oreille. Quitte à évoquer le passé, autant le retravailler comme sur la reprise de "Water Of Love" par les filles de The Judds, où la guitare semble à mi-chemin entre les Notting Hillbillies et le Knopfler solo. Les perles semées ici et là sont plus nombreuses que jamais.

Le choix final des titres de Golden Heart et la promotion de l'album engendrent les premières tensions entre Mark et le manager légendaire de Dire Straits, Ed Bicknell. Le premier, songwriter amoureux, est fier de ses chansons romantiques et choisirait bien pour premier single "A Night In Summer Long Ago", ballade celtique racontant sa rencontre avec la romancière et actrice Kitty Aldridge. L'autre, homme d'affaires ayant mené Dire Straits au sommet en tirant au maximum sur la corde, voit plutôt cet album solo comme une lubie de l'artiste et compte bien relancer le groupe dès que possible. Sous l'impulsion de la maison de disques c'est "Darling Pretty", la chanson la plus identifiable, qui sort comme single en mars 1996.

Les fans ont été privés d'infos pendant longtemps et découvrent avec gourmandise ce travail solo. On cherche bien entendu les similitudes avec des titres déjà entendus, et les différences qui justifieraient la sortie de ce disque sous le nom de "Mark Knopfler". On remarque évidemment "Cannibals", remake de "Walk Of Life" ironiquement inspiré du jungle-rock sur fond de souvenirs d'enfance. On remarque "Don't You Get It" et son solo qui fait du bien aux oreilles, même si on devine que les paroles ne marqueront pas l'histoire. La cynique "Imelda" avec son riff accrocheur, portrait au vitriol d'Imelda Marcos, veuve de l'ancien dictateur philippin et réputée pour sa collection de 3000 paires de chaussures. "She's going shopping shopping for shoes" chante Mark au premier couplet. On aime la conclusion de l'album, "Are We In Trouble Now", cette ballade country noyée dans un gros son de guitare Les Paul.

La surprise vient de titres comme "Done With Bonaparte", où Mark se met un instant dans la peau d'un Napoléon en bout de course, sur fond d'accordéon et cornemuses, ou "A Night In Summer Long Ago", assez représentative de ce que pourra composer Mark par la suite. La chanson qui incarne le mieux l'album est évidemment "Golden Heart", hymne à l'amour immortalisé par le pendentif de la pochette, à rapprocher de la dédicace figurant dans le livret : "Dedicated to my darling Kitty".

Mark prend son temps et l’album Golden Heart ne sort qu’en mars 1996. Cet album laisse une impression multicolore, très gaie, comme si Mark avait retrouvé une seconde jeunesse… Les chansons s’articulent autour de la guitare mais les mots réclament de plus en plus d’importance. Comme souvent cet album va vraiment prendre corps une fois les chansons baptisées en concert, la promotion est minimale et le succès de l’album est très mitigé. Mark décide de faire une tournée européenne d’envergure.

Le coup d'envoi du First Solo Tour est donné le 24 avril 1996 au Leisureland de Galway. Ce concert inaugural dans une modeste salle aux confins de l'Irlande symbolise la volonté de rupture avec les prestations de masse des années Dire Straits. Cette fois, les salles ont en moyenne une capacité d'accueil de 5000 places et le maillage des villes visitées est très dense. Toujours par souci de proximité avec le public, la tournée ne se limite pas aux grandes métropoles et de nombreuses étapes sont programmées en régions : pas moins de 27 shows en Grande Bretagne ! Les 80 concerts ont lieu dans une zone circonscrite à l'Europe occidentale. Seule l'Italie est exclue pour des raisons logistiques.

Le line-up est basé sur le noyau dur des musiciens qui ont participé aux sessions d'enregistrement de Golden Heart : Guy Fletcher aux claviers, Chad Cromwell à la batterie, Glenn Worf à la basse et Richard Bennett comme second guitariste. Jim Cox, de Los Angeles, vient s'ajouter au groupe au piano et à l'orgue Hammond. Cette formation très soudée va enflammer les scènes d'Europe durant le printemps et l'été 96. La setlist qui est censée assurer la transition entre l'époque mythique de Dire Straits et la nouvelle voie choisie par son leader est très équilibrée. Un savant dosage de titres issus de l'ancien et du nouveau répertoire. Un show marqué par de nombreux moments d'émotion et de connivence avec le public. Parmi les moments forts on peut noter l'enchaînement "Je Suis Désolé" – "Calling Elvis", jonction guitaristique parfaite entre deux époques, l'inédite sur disque "The Long Highway" ou encore les rares interprétations de "Water Of Love" dans une version très laid-back.

MK en 1996
Parmi les invités, on retrouve les musiciens irlandais des sessions de Dublin, mais aussi le quatuor à cordes Electra Strings déjà présent dans l'émission de Jools Holland. Gillian Welch et David Rawlings font une apparition sur scène au Royal Albert Hall, où ils assurent également la première partie. La tournée se termine le 4 août à La Pinède d'Antibes, après un concert d'anthologie la veille au théâtre antique de Vaison-La-Romaine.

Après cette tournée, Mark continue à prendre du bon temps et à se consacrer à des projets plus personnels. Le MK blasé de la tournée On Every Street a laissé place à un musicien heureux de revenir jouer dans des ambiances intimes, alors qu’il approche de la cinquantaine. Il est aussi père de famille, et l’année 1998 verra la naissance de sa première fille Isabella, née de son troisième mariage avec l’actrice Kitty Aldridge.

L'année 1997 sera celle de la reformation des Notting Hillbillies. Le groupe country-blues n'a à son actif qu'un seul album, ironiquement intitulé Missing… Presumed Having A Good Time, la tournée qui s'ensuivit en 1990, et quelques concerts de charité. Les compères se retrouveront pourtant trois années consécutives pour une mini-tournée, puis des résidences de quelques semaines au Ronnie Scott's Club de Londres. L'occasion pour Knopfler d'assouvir son besoin de scène tout en restant disponible pour sa nouvelle petite famille et ses projets personnels. Aucun album studio ou live ne prendra forme avec les Notting Hillbillies, même si certains membres du groupe, à l'image de Steve Phillips, auraient tenté de convaincre Mark d'enregistrer un live at Ronnie Scott's en juillet 1999. Il faut dire que les musiciens maîtrisent leur sujet, avec des reprises de standards de Muddy Waters, Elvis ou Ry Cooder pour agrémenter un répertoire déjà bien fourni avec les chansons de Dire Straits ou de leurs propres albums. L'occasion en tout cas pour les fans de voir le groupe jouer dans une salle intime où Mark Knopfler se sent visiblement très en forme.

Il participe également au grand show en faveur de l'île de Montserrat, ravagée par l'éruption du volcan de la soufrière. Le concert a lieu au Royal Albert Hall de Londres le 15 septembre 1997 et lors des rappels le groupe est composé des quelques stars qui ont enregistré un ou plusieurs albums à Montserrat : Paul McCartney au chant, Sting à la basse, Phil Collins à la batterie, Eric Clapton et Mark Knopfler à la guitare, Elton John au piano. Soirée où Mark apparaîtra inspiré et ému, mais presque sans voix sur "Brothers In Arms" et "Money For Nothing". Il est grand temps d'arrêter le tabac !

Les difficultés au chant se font également sentir sur la chanson du générique du film Wag The Dog (Des Hommes D'influence) de Barry Levinson, dont la BO sort début 1998. Le film est un succès grâce à son casting de choix et obtient l'ours d'argent au festival de Berlin, mais fait davantage parler de lui pour sa fiction se faisant rattraper par la réalité de la Maison Blanche que pour sa musique, pourtant mise en valeur de manière intéressante.

On l'a dit, la seule vraie chanson de ce mini album n'est pas vraiment à son avantage sur le disque. Les paroles ironiques et légères de "Wag The Dog" ne lui donne pas vraiment d'aplomb. Elle sera reprise lors de la tournée 2001 dans une magnifique version bluesy plus accrocheuse.

Le reste de la BO est une succession de 7 petites merveilles instrumentales. La section rythmique Cromwell-Worf fait étalage de son talent en particulier sur les morceaux à la cadence militaire "An American Hero" et "We're Going To War", accompagnés par une guitare limpide à la Hank Marvin. Le dobro de Mark Knopfler – ou plutôt sa National Style O – est omniprésent, devançant le groupe sur "In The Heartland" et faisant même cavalier seul sur "Just Instinct" et "Drooling National". La guitare de Mark fait ausi merveille sur \Stretching Out", le morceau le plus langoureux, et sur l'épique "Working On It" et la montée en puissance de l'ensemble du groupe dans un style proche de l'interprétation live de "Je Suis Désolé".

Dommage que le tout ne dure qu'une vingtaine de minutes, et qu'il n'ait pas été tiré avantage du support CD pour inclure les autres performances du film, principalement menées par Willie Nelson, et à prendre au second degré.

Le groupe de la tournée solo voit l'arrivée de Chris White et Steve Sidwell aux cuivres pour l'enregistrement d'une autre BO, celle de Metroland, comédie dramatique dirigée par Philip Saville, avec Christian Bale, Elsa Zylberstein et Emily Watson. Un film très peu diffusé en salles, avec seulement quelques copies réparties dans les capitales européennes.



Mark Knopfler Mark Knopfler est le producteur du disque qui comprend cette fois beaucoup plus que ses compositions. L'ambiance est au jazz, avec des morceaux menés par la flûte, le saxophone et une guitare bondissante. Les morceaux choisis de Django Reinhardt ou Elvis Costello viennent encore ajouter de la saveur à l'ensemble. Les autres titres choisis pour compléter l'album sont ceux que les personnages du films écoutent, l'intrigue se déroule dans les années 60 et 70, nous avons donc droit à Hot Chocolate, The Stranglers mais aussi Françoise Hardy ou encore... Dire Straits !

La chanson titre vaut le déplacement à elle seule. Après une intro inspirée du thème principal, Mark reprend l'histoire du personnage principal du film dans une intensité crescendo, faisant jaillir les doutes quant à sa vie paisible et son passé qui le rattrape... Doit-il se complaire dans sa paisible vie en banlieue londonienne ou partir sur les traces de ses exploits et péchés de jeunesse ? La guitare puissante, la batterie inspirée et le chant superbement maîtrisé font de cette chanson une des toutes meilleures de la discographie de MK.

Chris White est omniprésent sur les autres compositions, les plus touchantes étant sans doute "Metroland Theme", "A Walk In Paris" et "She's Gone". Un disque qui met en lumière la polyvalence de Mark pour aborder tous les styles de musique.

Côté contributions, on peut noter à cette période la participation de Mark à la compilation country Tribute To Tradition, à l'album Closing In On The Fire de Waylon Jennings ou The Austin Sessions de Kris Kristofferson.



"Sailing to Philadelphia - A world away from the coaly Tyne":

Malgré ses différents projets parallèles, Mark Knopfler ne perd pas de vue son prochain album solo et profite de ses passages en studio pour enregistrer les compositions au fur et à mesure qu'elles apparaissent. Ainsi "What It Is", le futur succès radio du deuxième semestre 2000, a été composé en 1996 et probablement enregistré à Nashville en 1998 ou 1999. La chanson originale sera d'ailleurs raccourcie deux fois, une première pour "rentrer" sur l'album et une deuxième pour passer à la radio. La version d'origine est heureusement sortie par mégarde sur un single promo mexicain !

Le groupe est désormais habituel, les mercenaires forment une vraie équipe après une première tournée ensemble. C'est l'installation du "son Nashville" dans les albums de MK, renforcée par les apparitions au studio de Chet Atkins en ami de plus en plus malade, ou Emmylou Harris pour un projet d'album en duo.

Sailing To Philadelphia et son titre évocateur s'attaquent plus que jamais au nouveau Continent. Avec le tournant du siècle et les déplacements récurrents de MK entre Nashville et Londres en arrière plan, l'album trace une thématique du renouveau et de l'aller-retour, du voyage aussi bien dans l'espace que dans le temps. Opposition entre ici et là bas, entre l'ancien et le nouveau, les chansons de l'album sont émaillées de dates, de références à des instants historiques ou à des lieux précis dans les textes voire dans les titres. Les avions, les trains, les bus, les bateaux, les voitures, les passionnés sac au dos n'ont de cesse de se croiser d'un continent à l'autre, de montagnes en highways, de déserts en prairies verdoyantes, dirigés par le compas et la carte routière subtilement imprimés sur le CD, de remonter le temps, d'explorer les photos jaunies pour mieux s'imprimer dans le présent.

Album du voyage, album de la collaboration également avec deux duos, un phénomène assez rare pour être souligné puisque MK n'avait jusqu'à présent fait de sessions en duo que dans le cadre de Neck & Neck avec Chet Atkins et de ses collaborations "externes". Ici, le premier duo concerne la chanson éponyme. Mark Knopfler chante aux côtés de James Taylor, chacun d'eux interprétant respectivement Jeremiah Dixon et Charlie Mason, les deux Anglais géographes parti conquérir le Delaweare. A noter que la chanson a été choisie comme second single de l'album dans certains pays européens. Pour le second duo, "The Last Laugh", la voix puissante de Van Morrison se pose comme parfaitement complémentaire à celle de Mark Knopfler et apporte une saveur toute particulière à cette ballade d'une simplicité et d'une limpidité remarquable.

Sailing To Philadelphia compte aussi quatre participations vocales plus anecdotiques, mais tout aussi intéressantes. Ainsi Chris Difford et Glenn Tilbrook complètent dans un premier temps la superbe partition en crescendo de "Silvertown Blues", chacune de leurs interventions faisant ressortir la voix de MK. "Silvertown Blues" a été choisi comme troisième single de l'album mais n'est sorti sous format CD qu'en Belgique et aux Pays-Bas. On retrouve également les deux anciens membres de Squeeze en fin d'album sur la très belle ballade "One More Matinée", écrite lorsque Mark était encore apprenti journaliste à la fin des années 70. Autre participation, celle de Gillian Welch et David Rawlings dont les murmures confèrent à la mélodie de "Prairie Wedding" la part de douceur et de féminité que chante MK dans le texte, avant de s'envoler vers "Speedway At Nazareth", en accentuant sa rapidité déjà grandement soulignée par le violon de Aubrey Haynie.

Pour compléter ces mélanges vocaux, six chansons exclusivement knopfleriennes (ou presque), avec en ouverture de bal "What It Is". Un premier single très rythmé pour entraîner ce nouvel album, un outil de promotion idéal qui fait penser dans certains traits aux compositions grandiloquentes qui avaient tant séduit les fans de l'époque Dire Straits tout en apportant ces sonorités nouvelles que MK se plait à développer depuis le début de sa carrière solo. Après l'escale à Philadelphie suit l'étrange "Who's Your Baby Now" et ses guitares répétitives mises en relief par les percussions de Danny Cummings. Décalage d'époque, de lieu, d'ambiance, avec l'harmonica pleureur de Jim Hoke pour le mélancolique "Baloney Again". L'hispanisant "El Macho" apporte une touche exotique à l'album avant de revenir sur des terrains plus occidentaux avec "Wanderlust", une ballade intimiste, à laquelle fait écho l'avant-dernière chanson de l'abum "Sands of Nevada", qui regarde les fantômes du passé avec mélancolie, un morceau parfaitement caractéristique du nouveau Mark Knopfler. Nappes de synthé planantes, pedal steel de Paul Franklin, guitare old school dont les accrocs sonnent comme des petites écorchures, le tout soutenant une voix à la fois douce et rauque. Enfin "Junkie Doll" qu'illumine la mandoline de Mike Henderson.

Sailing To Philadelphia est un équilibre parfait étalé sur treize chansons, savant mélange entre un rock aux solos fabuleux, des ballades intimistes qui échappent à toute classification, et quelques petites touches un peu plus faciles dont la très vendeuse "Do America", écartée de la tracklist par Mark mais exigée par Warner Bros sur la version américaine de l'album.

Encore une fois, l'orientation de carrière autour de l'album va prêter à tension. Le spectre de Dire Straits est toujours présent. En parlant du groupe, Mark a coutume de dire que "réveiller la bête est incroyablement difficile", et préfère sa liberté. Il en a déjà discuté avec John Illsley, son pote de toujours, et les deux amis se sont entendus pour ne relancer la machine que pour des concerts de charité occasionnels. Même s'il se rend bien compte que son "poulain" n'a aucune envie de relancer Dire Straits, Ed Bicknell veut donner un nouvel élan à la carrière de Mark avec un succès planétaire. C'est donc pour une tournée solo qu'une longue liste de concerts est préparée, sous réserve d'un bon accueil et de ventes suffisantes de Sailing To Philadelphia.

Mark traîne les pieds, lui qui proposait plutôt de faire quelques concerts intimistes en guise de tournée. Ce manager devient épuisant, il est temps de s'en séparer. Ed Bicknell est remercié en août 2000, juste avant la sortie de l'album. C'est ainsi que Paul Crockford (ex manager de Tears For Fears) est appelé, officiellement pour un intérim. Les consignes sont claires : pas d'interférences dans les projets de Monsieur Knopfler. Si cet épisode est passé plutôt inaperçu, il n'en demeure pas moins un réel tournant dans la carrière du désormais cinquantenaire : la dernière personne qui osait le critiquer et le remettre en question a été écartée.

Devant l'enthousiasme de Mercury et Warner Bros vis-à-vis de l'album, une tournée de promotion mondiale est tout de même réalisée, sans doute la plus intensive dans la carrière de Mark. L'enthousiasme des fans en Europe comme aux Etats-Unis ou en Amérique du Sud le rassure quant à la viabilité d'une tournée importante. L'album marche bien, porté par le succès du claquant single "What It Is", et se vendra à 3 millions et demi d'exemplaires. On est loin des 20 millions historiques de Brothers In Arms, mais c'est beaucoup mieux que pour Golden Heart.

Contre toute attente la seconde tournée solo sera donc d'envergure mondiale. Les fans qui craignaient un repli sur l'Europe de l'ouest et une marginalisation progressive de leur guitar-hero ont été très vite rassurés par l'ambition des promoteurs. Non seulement la tournée européenne sera beaucoup plus ample qu'en 1996, puisqu'elle s'étendra jusqu'en Russie, mais surtout Mark Knopfler se produira en Amérique ! Après quelques semaines de suspense, le management annonce une trentaine de dates dans les principales villes des USA et du Canada ainsi qu'un "South America Leg". La grande surprise est en effet le lancement de la tournée mondiale Sailing To Philadelphia en Amérique latine. Cette partie du monde avait été "épargnée" par le typhon On Every Street World Tour pour cause de crise économique. La raison invoquée à l'époque était le coût prohibitif de la location du matériel. En choisissant d'amorcer sa nouvelle série de concerts à Mexico, Mark efface le sentiment de frustration ressenti en 1992 par son public latino-américain.

Le Sailing To Philadelphia Tour est une sorte de mixage des deux précédentes tournées : "Calling Elvis" en ouverture, immédiatement suivi de l'inamovible "Walk Of Life", un flot de compositions nouvelles émaillé par les principaux hits de Dire Straits, une ou deux allusions au premier album solo et bien sûr, "Telegraph Road" en final. Pour les rappels, même sélection que pour les précédentes tournées, avec le thème de Local Hero en dernier rappel. Une bonne surprise quand même, "So Far Away" exhumée sous la pression des fans brésiliens. Le spectacle est amputé d'une demi-heure par rapport à la tournée 1996, et le solo de "Sultans of Swing" est condensé. Mais, à mettre au crédit de ce tour 2001, de majestueuses interprétations de "Prairie Wedding", "Junkie Doll" ou "Money For Nothing" qui doivent beaucoup à la présence sur scène d'une nouvelle recrue : Mike Henderson. Il apporte de nouvelles tonalités musicales (harmonica, violon folk) et son charisme éclipse les autres membres du groupe. Autre révélation de la tournée STP : "Pyroman", un titre très rock encore inédit, qui cause même un début de polémique puisque le bassiste Glenn Worf maltraite irrémédiablement son instrument dans le final. Du jamais vu dans un concert du très sage Mark Knopfler !

Quelques performances de cette tournée seront enregistrées, en Espagne et en Grande-Bretagne. Le concert de Madrid est même filmé pour une sortie en DVD, mais le résultat ne convient pas à Mark Knopfler qui l'estime bon sur l'instant, mais préférerait un concert qui puisse passer à la postérité comme l'avaient fait Alchemy en 1984 ou On The Night en 1993. Mais peut-être n'est-ce qu'une excuse pour ne pas s'encombrer avec ce nouveau défi et passer à autre chose.

MK en 2001
Notons que le travail avec la chanteuse Emmylou Harris s'est poursuivi lors des répétitions de cette tournée 2001. En plus des chansons destinées à leur album en duo, Mark et Emmylou enregistrent deux titres pour la compilation hommage à Hank Williams Timeless, sur le label Lost Highway. L'occasion d'apprécier la complémentarité des deux artistes ainsi que les arrangements et interprétations très inspirés sur "Lost On The River" et "Alone And Forsaken". Sur ce disque le groupe est crédité en tant que "Mark Knopfler and his band", enfin une dénomination qui reflète la réalité et qui résiste au temps !

Petit anachronisme avec la sortie après la tournée 2001 de la dernière BO de Mark Knopfler à ce jour, A Shot At Glory enregistrée en même temps que l'album Sailing To Philadelphia. Malgré un casting attrayant, ce film a eu de gros problèmes pour trouver un distributeur, ce qui a même failli annuler la sortie du disque.

L'enregistrement a eu lieu dans une configuration minimale en Ecosse. Pour la première fois de sa carrière, Mark Knopfler officie non seulement en tant que chanteur-guitariste mais aussi comme bassiste. Les morceaux instrumentaux renouent évidemment avec les sonorités traditionnelles aperçues sur Golden Heart, mais la guitare est très présente. Guy Fletcher se fait également remarquer avec ses boucles, rythmes et sonorités techno, qui tranchent avec l'ambiance du film et de l'album. Le meilleur exemple est sûrement "Hard Cases", morceau de cornemuse perturbé par l'entrée fracassante de la guitare après une montée en puissance progressive des synthés. L'expérience est moins réussie avec "Four In A Row", marche militaire écossaise au rythme électronique très imposant.

Hormis les belles mélodies acoustiques, on retrouve aussi sur A Shot At Glory trois chansons où Mark Knopfler démontre encore ses progrès au chant, à l'image des romantiques "Say Too Much" et "All That I Have In The World". "He's The Man" reprend tellement l'esprit de "Do America" que les USA choissisent d'en faire un single radio ! Eux qui n'ont pourtant pas grand chose à faire d'un film sur le football. Peu importe, Mark Knopfler prouve à chaque nouvel essai transformé qu'il est un grand compositeur de musiques de films.

La sortie en CD de A Shot At Glory coïncide avec le retour sur scène de Mark Knopfler pour une autre soirée à l'ambiance celtique. Le 26 octobre, il joue en effet dans la petite salle de Vicar Street à Dublin pour le Paul Brady Songbook. Le musicien irlandais occupe les lieux pendant trois semaines et retrace son début de carrière en invitant tous les artistes avec lesquels il a pu collaborer. C'est ainsi que Bonnie Raitt fait son apparition en ce même soir, et que les autres dates verront la participation d'invités comme Van Morrison, Sinead O'Connor ou les musiciens apparus sur Golden Heart.

A l'entame du cycle de vie de son troisième album solo, Mark Knopfler est enfin libre. Il passe beaucoup de temps chez lui en famille, et peut composer tranquillement avec sa nouvelle guitare acoustique, la Martin Signature HD-40MK conçue à sa demande.

Il enregistre avec Jools Holland et son Rhythm & Blues Orchestra. Outre la dernière chanson enregistrée par le défunt George Harrison, l'album comprend une composition de Mark, "Mademoiselle Will Decide", qui ne passe pas inaperçue parmi la vingtaine de duos constituant Small World, Big Band.

Il s'implique également dans l'industrie de la musique en se lançant dans l'aménagement de son propre studio à Londres, et inaugure les nouvelles infrastructures du département musique de l'université de Newcastle.

Mark Knopfler, avec sa National en 2002

L'album The Ragpicker's Dream est enregistré en trois sessions à Nashville entre janvier et avril 2002, et terminé à Londres en mai et juin. Le journal de bord tenu par Guy Fletcher sur son site laisse clairement apparaître la prédominance acoustique et le son vintage recherché pour ce nouvel opus.

Le single "Why Aye Man" est composé pour la série anglaise Auf Wiedersehen, Pet et raconte l'exode de travailleurs ayant fui l'Angleterre à l'époque Thatcher pour s'installer en Allemagne ou il était plus facile de trouver du travail. Ce thème est également repris dans "Fare Thee Well Northumberland". Le chanteur Jimmy Nail, originaire comme Mark du Northumberland et acteur dans la série, se joint au groupe pour enregistrer les choeurs sur "Why Aye Man", tout comme son collègue Tim Healy. Cette fois le goupe ne fait pas de journées portes ouvertes et seuls Paul Franklin et Mike Henderson, membres honorifiques des 96ers, s'invitent respectivement à la pedal steel et à l'harmonica. Mark Knopfler a également recours au violon de Glenn Duncan pour le titre country de l'album et petit hommage à Chet Atkins, "Daddy's Gone To Knoxville".

Les riffs de guitare présents dans le single sont assez peu représentatifs de cet album, premier vrai disque de songwriter pour Mark Knopfler. Les arrangements sont réduits au minimum et la guitare n'est là que pour mettre en avant le texte et la voix mixée bien en avant des instruments. Premier exemple, la version de "Marbletown" sortie sur le disque est celle que MK avait enregistrée chez lui lors des premières maquettes de l'album. Il est donc seul avec sa guitare Martin. Autre indication que le temps des "Telegraph Road" et "Tunnel Of Love" est bel et bien terminé, le morceau le plus rythmé et sans doute le plus inspiré musicalement "Hill Farmer's Blues" est coupé quelques instants après la fin de la partie chantée, alors que le groupe partait dans une montée en puissance endiablée.

Les textes de The Ragpicker's Dream évoquent la persévérance des gens ordinaires, ou l'effet du temps sur les lieux et les modes de vie. Ces textes procurent quelques émotions fortes comme sur "A Place Where We Used To Live" où l'auteur nostalgique part à la recherche de l'école où il a appris à écrire son nom, sur fond de guitares hispaniques. Le percutant "Devil Baby" compare les freak shows d'autrefois aux émissions actuelles de Jerry Springer et autres abominations, où n'importe qui peut venir passer pour un monstre de foire. La métaphore culinaire est utilisée dans "Old Pigweed", qui raconte comment un petit grain de sable peut faire échouer une initiative, malgré tout le soin et l'amour qu'on peut y consacrer.

Signalons enfin l'ironique "Quality Shoe", inspiré par la vitrine d'une misérable cordonnerie dans laquelle un écriteau signalait "Chaussures de qualité". Il n'en faut pas plus à notre songwriter pour imaginer le discours élaboré du vendeur, et en faire une chanson pleine d'enthousiasme.

La guitare est totalement désacralisée, et notre fingerpicker utilise de plus en plus le médiator pour des solos posés avec sa "Jurassic Strat" de 1954. Mais il s'affirme plus que jamais comme un orfèvre et son souci du détail ne manque pas de servir chaque composition. Les chansons mènent la danse et dictent la partition. L'ensemble est homogène, hormis peut-être "You Don't Know You're Born" et "Coyote" qui sont intéressantes prises à part, mais se fondent très mal dans le tableau. "Why Aye Man" est également un peu en marge du reste de l'album, mais elle est mieux placée sur le disque, une bonne entrée en matière dans laquelle on retrouve un peu toutes les ambiances de l'album.

L'année 2002 nous offre un disque à écouter au coin du feu pour savourer les bons moments de la vie quotidienne, comme le symbolise la photo d'Elliott Erwitt en couverture. Le côté vintage est définitivement recherché, un album résolument tranquille dont la chanson la plus rock est celle qui a été écartée et casée face B du single : "Small Potatoes". Etrangement, la promotion de cet album intimiste débute par... la reformation de Dire Straits !

En juillet 2002, la petite salle du Shepherd's Bush Empire, dans le quartier londonien du même nom, accueille pour trois soirs consécutifs Mark Knopfler & Friends. Ces concerts, complétés par un quatrième en plein air dans le parc du château de Beaulieu (Hampshire), sont donnés au profit d'oeuvres caritatives. Excellent prétexte qui permet au magicien de la six cordes de rassembler quelques amis, car c'est bien là le plus important dans ces manifestations : l'identité des invités se dissimulant sous cette étiquette flatteuse de "Friends".

En première partie, le public cosmopolite – de nombreux fans non britanniques ont fait le déplacement - a l'occasion d'applaudir les Notting Hillbillies qui se font plaisir en interprétant des titres traditionnels blues et country, ainsi que quelques créations originales. Le public, connaisseur, est ravi et l'extraordinaire présence scénique de Brendan Croker donne un élan quasi mystique à la performance.

Mais c'est la deuxième partie de soirée qui a attiré les inconsolables. Croker et Phillips cèdent la place à John Illsley en personne. Le grand bassiste dégingandé des Straits, vêtu d'une chemise bleue comme à la grande époque, déclenche un véritable tonnerre d'applaudissements et une explosion de cris enthousiasmés dès son apparition.

Mark Knopfler et John Illsley en 2002

Voir ainsi Knopfler et Illsley réunis sur scène pour la première fois en dix ans déchaîne les passions, et personne ne s'y trompe dès les premières mesures. Oubliés les Pick Withers, Terry Williams, Hal Lindes et autres David Knopfler, membres du groupe à un moment ou à un autre. Les Straits, c'est Illsley et Knopfler ensemble. C'est ce son de basse qui donnait tant de chaleur à leurs concerts. Pour un peu, on en rejoindrait presque le camp des nostalgiques ! Même les titres solo comme "Why Aye Man", "What It Is" ou "Baloney Again" sonnent terriblement Dire Straits. Le public remonte le temps au son de "Sultans of Swing" ou de "So Far Away". L'ensemble des musiciens de ces concerts 2002 ont fait forte impression, et Mark Knopfler évoque en interview la possibilité de reconduire ce schéma pour la tournée 2003. Sans Illsley, mais l'idée d'une première heure avec un groupe plus acoustique semble judicieuse au regard des compositions de The Ragpicker's Dream.

La tournée de promotion démarre, sur le modèle de l'année 2000, avec de nombreux passages radio, télé, et interviews presse en Europe et aux Etats-Unis. On peut entendre quelques bonnes interprétations de "What It Is" pour rappeler le contexte, "Why Aye Man", "Devil Baby" et surtout "Marbletown" et "Quality Shoe". L'accueil des critiques est prometteur, le côté songwriter assumé semble susciter le respect. Mais l'album n'est absolument pas annoncé comme tel, et le public reste en décalage avec le nouveau Knopfler. La qualité d'un album se mesurerait-elle à la longueur des solos de guitare ? Les fans de Dire Straits boudent carrément l'album et n'aiment pas cette ambiance où ça sent le mulligan, le goulash et le bébé dormant… La côte d'amour est en baisse mais ça ne va pas durer.

Le 6 mars 2003, la promotion se termine par une grande performance de Mark Knopfler & his band sur la scène du Heineken Music Hall d'Amsterdam pour l'équivalent de nos victoires de la musique, les Edison Awards. Evidemment pas de quoi s'enthousiasmer sur la qualité musicale des néerlandais à la mode, sauf que notre ami a toujours été très populaire aux Pays-Bas et qu'il est invité pour recevoir une récompense pour l'ensemble de sa carrière. La cérémonie est retransmise en direct sur une chaîne nationale. Après avoir chauffé la salle avec un petit "Walk Of Life", le groupe attaque un excellent "Devil Baby", très bon véhicule pour le nouvel album. La statuette honorifique est bien vite écartée pour reprendre la guitare et mener "What It Is" à un train d'enfer. On se rend alors compte du charisme scénique intact de Knopfler et du potentiel du groupe de la future tournée : C'est en effet officiel, la section rythmique sera cette fois composée de Danny Cummings, le percussionniste chevelu à quatre bras de Dire Straits qui reprend la batterie dans un style beaucoup plus direct et percutant que le subtil Chad Cromwell; et du bassiste des Notting Hillbillies, Marcus Cliffe. Pour le reste on annonce comme en 1996 Richard Bennett à la guitare, Guy Fletcher et Jim Cox aux claviers. Après Mike Henderson en 2001, un nouveau multi-instrumentaliste est appelé en la personne de Fats Kaplin. On se reprend à rêver, d'autant que MK est annoncé pour un nouveau concert de charité au Royal Albert Hall de Londres, avec Eric Clapton !

Don't crash the ambulance :

Malheureusement toutes ces belles promesses sont anéanties en un instant. Le 17 mars, premier jour des répétitions de la tournée, Mark Knopfler fait en moto le court trajet séparant sa maison de Chelsea au studio où l'attend le groupe. Une Punto rouge en a décidé autrement et percute violemment la star qui retombe sur la chaussée avec neuf os cassés. On craint le pire, mais le séjour à l'hôpital est rassurant et le premier communiqué sur le sujet se veut optimiste. Malheureusement à un mois du début de la tournée, on ne se fait pas d'illusions. Le Ragpicker's Dream Tour est officiellement annulé deux semaines après l'accident. La rééducation prendra en effet de nombreux mois et Mark Knopfler ne réapparaîtra sur scène qu'en décembre à l'occasion d'un concert de l'ex-Rolling Stone Bill Wyman.

MK devient productif. Il nous avait habitués à de longs breaks entre ses sorties d’albums, mais ces dernières années le rythme est beaucoup plus soutenu : un disque les années paires, et une tournée les années impaires (sauf accident !). Heureusement si le rythme devient routinier aucun album ne ressemble à un autre. Les chansons de TRPD reflètaient une période très calme et heureuse de la vie de l’artiste, mise en musique à l’aide de son jouet préféré de l’époque : la guitare acoustique Martin HD40MK.

Cette fois Mark a de quoi causer … on devine qu’il a connu des hauts (la naissance de son deuxième enfant avec sa femme Kitty) et des bas (son accident de moto) durant ces deux dernières années. Les tensions internationales auront également donné des idées à la famille Knopfler … Mark a donc disposé d’une variété de thèmes et d’une longue convalescence pour mettre ceux-ci en chanson.

Ses compositions en poche Mark n’a plus qu’à réunir son groupe pour mettre toutes ses bonnes idées sur bande. D’abord prévues à l’automne 2003, les sessions du 4e album solo seront repoussées plusieurs fois, pour finalement débuter à Los Angeles en ce mois de février 2004. C’est dans le mythique studio Shangri-La à Malibu que le groupe s’installe, sous la houlette de l’association Beejtar, qui s’attache à « préserver l’intégrité artistique et l’enregistrement analogique » tout un programme … Le studio en question, qui a vu passer des légendes comme The Band, Eric Clapton, Bob Dylan ou les Rolling Stones, est un modèle de transformation d’habitation en outil de travail de haute technologie.

Les raisons de l’installation du groupe à Los Angeles au détriment du traditionnel studio de Nashville n’ont pas été clairement révélées. Tout juste un changement volontaire de décor a-t-il été évoqué. Mark a peut-être trouvé là un outil encore plus propice à l’obtention du son qu’il essaie de produire depuis le début de sa carrière solo. A moins que le groupe n’ai tout simplement eu besoin d’un environnement plus « hawaien » pour trouver l’inspiration.

Durant cette année 2003, Mark profite de sa longue convalescence pour écrire, c’est désormais tout ce qui compte pour lui et profitant des énormes progrès réalisés au chant il nous revient en septembre avec un disque dont le titre évocateur de paradis terrestre et de sérénité, reflète complètement la couleur musicale. Les textes souvent rêveurs portent des chansons langoureuses, accompagnés des étincelles de guitare discrète mais inspirée. Le son est chaleureux et mélodieux comme jamais sur un album solo de Knopfler. En quelque sorte, il faut s’attendre à un Ragpickers’s Dream électrique au mixage particulièrement réussi. Personne ne niera que la qualité est au rendez-vous, mais le virage du guitar hero décevra surement les adeptes de la première heure et tout individu qui n’aurait pas lu la notice.

"It's the end of a perfect day..." :

Mark Knopfler en 2004 L’album Shangri La sort le 28 Septembre 2004, c’est une réussite ! les chansons sont complexes et magnifiques … le ronflant single "Boom Like That" est un livre d’histoire à lui tout seul où le style d’écriture « caméra embarquée » de Mark excelle. Les personnages de ces chansons : un visionnaire prêt à investir à Las Vegas, un pêcheur au large et Elvis lui-même en proie à l’égarement. La guitare, est somme toute, très présente sur les cinq premiers titres : magique sur "5.15 am", langoureuse sur "Boom, Like That" et "Back To Tupelo", elle se fait bondissante sur "Sucker Row" et "Trawlerman’s Song" poursuivant la voix de Mark sans jamais la rattraper. La chanson titre "Shangri La" semble être une lettre d’amour envoyée à Kitty mise en musique. L’album est excellent, il se démarque des autres par la chaleur des arrangements et la fluidité des textes. Mark s’affirme comme un défenseur de la musique authentique jouée en une prise avec des musiciens, des instruments et un matériel de premier choix.

Le 3 Décembre 2004 aux studios mythiques d’Abbey Road à Londres, plusieurs musiciens se réunissent autour de Scotty Moore, premier guitariste d’Elvis afin de célébrer avec lui un hommage au King. Parmi eux, Bill Wyman et les Rhythm Kings (Elbert Lee, Mike Sanchez, Ron Wood) Eric Clapton, David Gilmour, Martin Taylor, Paul Ansell et un certain Mark Knopfler … Les représentants des plus grands groupes du rock britannique ont ainsi ressuscité certains morceaux légendaires du King. Cet hommage est pour les amateurs de rock un pur moment de bonheur. Au total 27 monuments du rock joués en « live » devant un public restreint. Les interprétations se veulent très proches des versions originales : David Gilmour avec un son de guitare d’une pureté inouïe parvient à rendre "Don’t" encore plus sublime qu’elle ne l’est à l’origine. Scotty Moore semble être le même que celui d’il y a presque 50 ans … le même son, le même style dépouillé. Mark joue deux morceaux : il ouvre tout d’abord le bal avec "Blue Moon Of Kentucky". Sur scène avec Bill Wyman, Scotty Moore à sa droite et Albert Lee à sa gauche il en offre une version très « pêchue ». Mark ajoute à l’original un solo époustouflant ! Il interprètera magistralement ensuite le mythique "Let’s Play House". Un DVD sera enregistré en HD, l’image en 10/9 et l’audio en DD 5.1 /DTS, ce concert existe également en version CD avec trois titres en moins.

La tournée Shangri-La :

Fin février 2005, MK et son groupe entame la première partie de la tournée Shangri La, qui en trois semaines va les conduire d’Afrique du Sud à Dubai, puis en Inde, en Australie et en Nouvelle Zélande. Après une dizaine de jours de repos débute la partie européenne le 1er Avril à Lisbonne qui se terminera le 15 Juin en Italie. Deux mois et demi durant lesquels la bande va visiter 22 pays pour 59 concerts, quelques périodes de repos sont prévues. A noter que pour la première fois MK donnera des concerts en Slovénie, en Lettonie et en Estonie. Comparé à la tournée 2001, ce millésime 2005 est légèrement plus généreux, en 2001 la tournée européenne n’avait visité que 16 pays (6 de moins qu’en 2005). La tournée s’achèvera fin juillet sur le continent nord américain après avoir traverser les Etats-Unis et le Canada pour 29 concerts.

Richard Bennett

Le groupe est réduit à six musiciens. La qualité musicale est incontestable avec un répertoire connu sur le bout des ongles. Si Chad Cromwell débute la tournée à la batterie, des problèmes personnels semble-t-il l’empêcheront de la poursuivre, il est alors remplacé par Danny Cummings pour le plus grand plaisir des nostalgiques de la grande époque D.S. Son jeu simple et puissant apporte le côté rock qui manquait en 2001. Jimmy Cox est lui remplacé au piano par Matt Rollings. Ce jeune musicien américain, multi-récompensé aux Country Music Awards a démontré ses qualités à l’accordéon et à l’orgue Hammond, mais c’est surtout au piano qu’il transformera en or une partie de la setlist, avec notamment une version tout en émotion de "Shangri-La" portée par des notes subtiles. Sa première incursion dans l’univers knopflérien a eu lieu lors de l’enregistrement de Golden Heart où il jouait du piano sur "Darling Pretty", "Vic and Ray" et "Rüdiger", à cette époque Mark cherchait encore les futurs compagnons de route de sa carrière solo. Avec sa soif d’apprendre au contact des autres musiciens et de transmettre ses idées et son approche de l’improvisation, Matt Rollings s’est idéalement intégré au groupe, il a énormément apporté à ses camarades et a pour beaucoup contribué à la variété des interprétations d’un soir sur l’autre.

Le public est au rendez-vous tout au long du parcours. Mark a indéniablement forgé sa réputation d’artiste solo et peut désormais se reposer sur une audience conséquente. La setlist a le mérite d’être bien construite, c’est sans aucun doute l’aboutissement de quelques années à élaborer un spectacle homogène autour des morceaux de DS et des titres solo. Pour la première fois les musiciens sont équipés d’oreillettes, ce système semble avoir donné satisfaction au groupe.

Mark Knopfler en 2005


All the roadrunning : Knopfler à deux voix :

Il se sera écoulé sept ans entre les premières sessions et l’aboutissement du projet. Ne voyez pas dans ce délai la nonchalance dont Mark Knopfler entretient la légende ! Pendant cette période, il a enregistré trois albums, fait deux fois le tour du monde avec son nouveau groupe, reformé l’ancien pour quelques concerts de charité, supervisé la construction de son propre studio d’enregistrement, fait un vol plané en moto et mis un pied dans le monde des nouvelles technologies en proposant ses concerts du Shangri-La tour en téléchargement sur internet… Quand à Emmylou Harris, elle a affirmé son côté songwriter avec deux albums très personnels dont le sublime Stumble Into Grace et participé à de nombreux projets comme le film et les concerts O'Brother ou une tournée récente avec Elvis Costello. Dès qu’ils en avaient l’occasion Mark et Emmy (pour les intimes) se retrouvaient en studio pour compléter l’album avec les chansons composées entretemps. All The Roadrunning n’est pas une petite escapade country dans la carrière de Mark. Il faut considérer ce disque comme le cinquième album solo.

All The Roadrunning est une vraie rencontre, la concrétisation d’une complicité extraordinaire entre deux artistes. Mais pas de doute quant à l’identité de celui qui a pris les choses en main : c’est bien MK qui est l’initiateur de ce projet et qui a porté l’enregistrement de A à Z. Emmylou Harris elle-même se présente comme une simple interprète comparant presque sa voix à un instrument additionnel. Emmylou Harris n’est pas l’artiste country à laquelle on la limite souvent, comme le démontre son dernier album Stumble Into Grace. Elle fait merveille dans le registre folk/rock des nouvelles chansons. Mark semble dopé par la compagnie d’un autre artiste et nous fait un festival à la guitare et au chant. Toutes les sonorités sont servies du son clair et chatouillant de la Strat à la langoureuse Gibson en passant par une guitare acoustique claquante ! Et alors qu’il affronte une chanteuse de renommée mondiale sur son terrain, on s’aperçoit que Mark n’a rien à lui envier et que sa voix masculine et chaleureuse fait même passer davantage d’émotion. Le Guitar Hero va finir par s’imposer comme une grande voix à la Léonard Cohen, du Grand Mark sur les cinquante minutes que compte cet album. On le place tout droit dans la lignée des derniers albums de Mark Knopfler, avec un petit quelque chose de pétillant en plus, grâce à la présence lumineuse d’Emmylou évidement mais aussi à un second plan très réussi.

All The Roadrunning fourmille de petites trouvailles musicales, d’illustrations sonores presque cinématographiques. Les guitares sont omniprésentes, avec un florilège inspiré de la part de Mark himself, moins minimaliste qu’à l’accoutumée, et l’exercice de haute voltige de Richard Bennett à l’accompagnement. La section rythmique assure le groove et fait swinger même les morceaux épurés, pendant que le piano, le violon ou la pedal steel mettent la touche de couleur finale. Un ensemble impressionant au service de douze compositions grand cru, dont six signées Knopfler, sur lesquelles les deux têtes d’affiche joignent leurs voix. Là aussi, le fil conducteur semble être le chant brillant du Britannique, incontestablement transcendé depuis quelques albums. Son invitée, souvent géniale, virevolte librement autour de ce fil conducteur. La répartition des interventions est très diversifiée, par couplets alternés ou en dialogue rapproché, sans oublier une chanson en solo chacun. L’alchimie opère parfaitement sur la plupart des titres, même si les chansons nous emportent dans une intimité rare. Les styles sont variés, comme le sont les quatre albums solo de Knopfler. La palette s’étend de la country grasse peu académique de Golden Heart à la pureté de Shangri-La, en passant par les ambiances acoustiques de The Ragpicker’s Dream ou le blues bien sale de "Right Now" qu’on dirait tout droit sorti de sa dernière tournée. Le duo nous emmène d’influences en influences, tout en marquant chaque minute de ses initiales au fer rouge, sur un disque où le songwriting resplendit. Knopfler est un poète qui maîtrise tellement la suggestion, l’évocation, la métaphore, que chaque écoute ouvre de nouveaux horizons. C’est sûr, il y a des évidences comme "If This Is Goodbye", inspirée des conversations téléphoniques lors des attentats du 11 septembre, qui prennent aux tripes dès la première écoute. Il y a les chansons légères et propices à l’imagination, comme "This is us" ou la très remuante "Red Staggerwing". Et puis il y a les textes à tiroirs, les plus denses, qu’il faut étudier rime après rime pour en saisir toutes les nuances. Les deux compositions apportées par la belle ne sont pas moins soignées, épargnant tout temps mort à ce disque qui vous hantera davantage après chaque écoute. Il se situe au-delà de la simple superposition de deux talents, qui semblent s’être bonifiés au contact l’un de l’autre. Bien plus intense que les précédentes escapades de Mark Knopfler avec Chet Atkins ou les Notting Hillbillies, bien plus novateur que les duos countrysants d’Emmylou Harris, All The Roadrunning trouve l’homogénéité que son enregistrement dispersé aurait pu rendre difficile, et atteint l’excellence par endroits, porté par des textes magiques et trois instruments à fleur de peau : deux voix et une guitare.

Mini tournée et souvenirs visuels et sonores :

Mark Knopfler et Emmylou Harris Cette année 2006 est donc celle de la tournée All The Roadrunning. Une mini tournée avec seulement quatorze concerts en Europe qui débute en Belgique pour se terminer en Espagne et neuf en Amérique du Nord (premier concert au Canada et le dernier en Californie). Excepté Stuart Duncan au violon, on retrouve les musiciens habituels (Guy Fletcher aux claviers, Danny Cummings à la batterie, Glenn Worf à la Basse, Richard Bennett à la guitare rythmique, Matt Rollings au piano) pour accompagner Mark et Emmylou. Le répertoire a évolué de Bruxelles à Berkeley (dix huit, dix neuf ou vingt titres) selon les soirs dans trois catégories : ceux extraits de l’album All The Roadrunning (à peu près la moitié du concert) quatre chansons d’Emmylou et enfin 8 chansons de Mark.

Un album sort en novembre de cette même année intitulé Real Live Roadrunning sous deux formes : une version simple CD et une édition spéciale DVD + CD. Ce concert enregistré à Los Angeles est l’antépénultième de la tournée donc la bande est bien rodée, les visages et les attitudes sont détendues et souriants et le groupe déroule. La performance d’un soir nous est fidèlement proposée, sans retouches et dans son intégralité ou presque. Dès l’entrée en scène le ton est donné… Mark s’impose immédiatement comme le boss, ce sont ses musiciens, ses compositions et Emmylou n’est jamais qu’une invitée. Le couple est assez complice sur les titres de All The Roadrunning, avec de superbes interprétations de "If this is Goodbye", "All The Roadrunning" ou encore "I dug Up A Diamond". La sublime "Why Worry" fait mouche pour le dernier rappel. Ce concert est magnifique avec comme point d’ancrage un groupe extraordinaire. Chacun des musiciens est un régal à voir jouer. Le son du DVD se veut fidèle à l’ambiance de la salle lors des concerts. Les images sont splendides et donnent aussi l’impression d’y être, même si elles ne cadrent pas toujours exactement l’action où elle se trouve. Les bonus nous font découvrir l’avant-concert avec un bœuf hawaïen pour accueillir les invités VIP et une interview issue de la promo de l’album All The Roadrunning complète le tout.

Après cette mini tournée, Mark apporte sa contribution à quelques albums, et concert de charité. On le retrouve ainsi dans le nouvel album de Nimmy Buffett pour une reprise baba cool de "Whoop De Doo" et dans un concert de charité aux Etats-Unis à Boothday Harbor petite bourgade du Maine pour sauver l’Opéra House menacé de démolition. Il est aussi l’un des nombreux invités du nouvel album de Jools Holland, Moving Out To The Country. On le verra souvent venir en aide à de multiples œuvres caritatives. Parrain de l’Association Music In Prisons, Mark se rend à Pensonville pour dédicacer une guitare Les Paul haute de trois mètres, décorée par des détenus, elle sera vendue avec d’autres œuvres au profit de Princ’s Trust. Puis il participe à la séance photo pour la journée mondiale pour le Darfour. Mark reprend le chemin de son studio flambant neuf à la fin de cette année 2006 en vue de la sortie de son prochain album. Au cours du printemps 2007 la présence de Mark dans les médias et divers évènements s’intensifie. Le 3 juin marque son retour face à un public, il participe au festival littéraire du Guardian à Hay-on-Wye au Pays de Galle, le lendemain il apparaît dans l’émission de la chaîne anglaise SkyArts associée au festival.

Kill To Get Crimson

Au fil des années et des albums, Mark Knopfler façonne son univers de crooner songwriter british à la guitare mélancolique. Désormais hors de portée de sa légende, il nous propose son 5ème album : le très travaillé Kill To Get Crimson, parfait équilibre entre l’immédiateté de ses compositions et la richesse de ses orchestrations. Le 17 Septembre 2007, Kill To Get Crimson est dans les bacs, le calendrier est respecté. Très peu de publicité autour de cet album, finies les longues promo et séances d’interviews, fini le sticker « la voix et la guitare de Dire Straits », Mark est parvenu à ses fins. Il se dégage rapidement de cet album un esprit d’homogénéité assez fort, les solos à rallonge ont quasi disparu, la voix rauque se fait plus chaude et plus douce aussi, et l’accent est une nouvelle fois mis sur les histoires, le plus intimement qu’il soit … oui l’homme est bien un « faiseur » de belles histoires !

Le titre qui ouvre l’album "True Love Will Never Fade" a été choisi comme premier single en Europe alors que "Punish The Monkey" sera choisi par la Warner comme single sur le continent américain. Certains morceaux sont très influencés par la guitare de Hank Marvin guitariste des Shadows. Les paroles sont difficiles à appréhender du fait de leur caractère littéraire et poétique mais sont néanmoins tout à fait admirables, Mark raconte des histoires : la vie et les habitudes d’une femme d’échaffaudeur ayant consacré sa vie aux comptes de l’entreprise familiale, tout en essayant de gravir l’échelle sociale et de pouvoir enfin prendre un peu soin d’elle dans "Scaffolders’s wife" ou l’histoire d’un peintre tentant de dissuader un jeune homme de devenir artiste et l’encourageant plutôt à s’engager dans la marine, l’air force ou l’armée dans "Let It All Go". "Secondary Waltz" est un texte que Mark avait écrit bien avant l’aventure Dire Straits et pour lequel il n’avait jamais trouvé de support musical lui convenant. Ce texte humoristique nous raconte la préparation d’une fête de Noël où un ex-commando de l’armée reconverti en prof de danse enseigne de manière plutôt rustre comment danser la valse à des élèves de 12 ans complètement terrorisés ! On retrouve le doigté incroyable de Mark capable d’arpèges indéchiffrables dans "Madame Geneva’s" … texte magnifique et mélodie somptueuse ! Mark termine son album avec un morceau qui dure plus de 7 minutes "In The Sky" qui s’étend comme un générique de fin. Pour les nostalgiques de la grande époque Dire Straits nous retrouvons dans ce morceau le génial Chris White au saxophone.

Cet album est un mélange de musique folk aux accents de country et de blues au tempo assez lent. On retrouve le côté un peu celte tourné vers les origines écossaises de l’artiste sur certains morceaux. Le jeu de guitare de Knopfler s’efface de temps à autre pour laisser place à d’autres instruments comme la flûte jouée divinement par Chris White, un accordéon, une clarinette ou un violon. Mark a utilisé sa nouvelle guitare Martin Signature 004-40S, la magnifique « Ragpicker », mais aussi des acoustiques, principalement sa Gibson Advanced Jumbo de 1938 pour le picking et la Gibson Southerner Jumbo de 1953 pour égrener les accords. Enregistré pour la première fois dans son propre studio flambant neuf British Grove, Mark s’est entouré de son fidèle et ami claviériste Guy Fletcher et de Chuck Ainlay pour la production.

Une tournée d'exception

94 concerts sont prévus sur les deux seuls continents européen et américain, soit 8 de plus que la tournée Shangri-La. La tournée européenne commence le 29 mars à Amsterdam et se termine le 15 Juin à Athènes, les 63 concerts affichent complet ! Mark s’éloigne de plus en plus de Dire Straits, terminé les "Money For Nothing" et autre "Walk Of Life". Seules "Romeo and Juliet", "Sultans Of Swing", "Telegraph Road", "So Far Away", "Brothers in Arms" et "Local Hero" sont encore présentes dans le répertoire. Peu de titres du dernier album sont joués : "True Love Will Never Fade" et "The Fish and the Bird" seront les seuls. "Why Aye Man", "What It Is", "Sailing to Philadelphia", "Speedway At Nazareth" et "Our Shangri-la" sont toujours présentes et Mark choisit de commencer le concert par "Cannibals" une version très différente de celle de la tournée Golden Heart. Enfin pour la première fois, il interprète "Hill Farmer’s Blues", "Marbletown" et "Postcards From Paraguay". Après une petite pose, Mark et la bande partent pour les Etats-Unis et le Canada où ils assurent 31 concerts du 24 juin au 31 juillet. L’ambiance au sein du groupe est de plus en plus décontractée, le dernier concert à Miami est empreint d’émotion et de nostalgie étant donné le plaisir inédit éprouvé par tous les membres du groupe. Le lendemain de ce concert Guy Fletcher avouait déjà penser à la prochaine tournée consécutive logiquement à un nouvel album de Mark… Cette tournée aura marqué les esprits et ravi les fans de par sa qualité d’interprétation et l’originalité des titres joués. Très vite Mark se remet au travail et reprend le chemin de son studio avec l’équipe habituelle. Il écrit tout le temps, en tournée notamment quand il rentre à l’hôtel après un concert il aime se poser et travailler ses nouvelles chansons, il a donc « sous le coude » quelques vieilles mélodies inachevées. Cette fin d’année 2008 et l’année 2009 sont consacrées à l’élaboration de son 6ème album. Tout juste après avoir passé tranquillement le cas des 60 ans au mois d’août, Mark donne un concert de charité au Hurlingham Club de Londres le 9 septembre, au profit de Prince’s Trust (une association qui vient en aide aux enfants des quartiers déshérités de Londres). Il en donnera d’autres, Mark aime ces concerts à petite échelle, ils sont pour lui l’occasion de s’amuser un peu avec ses amis musiciens et de faire de l’exercice pour « faire fonctionner ses muscles » ! Le 3 décembre MK et John Illsley participe à une courte cérémonie dans le quartier de Deptford à Londres afin d’inaugurer une plaque en l’honneur du premier concert donné par Dire Straits en 1977. La récompense, présentée par « PRS for music » fait partie de la campagne nationale au Royaume-Uni pour mettre en valeur les endroits où des évènements musicaux ont eu lieu. La plaque a été fixée sur la maison « Farrer House » dans la Church Street, une juste reconnaissance pour les Straits.

Mark Knopfler en 2008


Lucky to get lucky...

Le 14 Septembre, Get Lucky est dans les charts. L’album est bien évidement enregistré à British Grove avec ses vieux complices de toujours (Chuck Ainlay et Guy Fletcher) mais aussi avec de nouveaux musiciens : Phil Cunningham, Michael McGoldrick et le multi instrumentiste John McCusker. Si la pochette de ce nouvel opus montre la façade d’un casino et rappelle le bandit manchot de Shangri-La, la chanson "Get Lucky" parle plutôt d’être chanceux dans la vie … « quand je parle avec mes amis, que je vois la vie de certaines personnes et que j’entends les histoires des gens, j’ai le sentiment que l’on a tous besoin d’avoir un peu de chance de temps en temps particulièrement en ces temps difficiles » explique Mark. L’album est majoritairement composé de ballades irlando-écossaises. La voix est posée et les chansons finement ciselées et s’il a la couleur musicale feutrée et le tempo ralenti de ses dernières productions, la guitare revit ici et là ses plus belles heures, les instruments traditionnels laissent la part belle aux racines du Geordie Boy. Cet album est très intense et personnel, un brin mélancolique avec de nombreux éléments autobiographiques qui évoquent des souvenirs d’enfance qui restent omniprésents malgré le temps qui passe…

Une fois encore Mark nous raconte des histoires telle la vie difficile de ce chauffeur de poids lourds de Glasgow dans le premier morceau "Border River" ou de l’employé de champ de foire ou cueilleur de fruits l’été et chanteur dans des groupes de soul l’hiver du titre éponyme de l’album, ou de son fidèle souvenir des grands navires de "So Far From The Clyde" ou encore de son vibrant hommage à un maître luthier dans "Monteleone" et enfin de l’oncle perdu qu’il n’a jamais connu, joueur de cornemuse du 1er bataillon qui avait emporté son instrument sur le front et s’est fait tuer près d’Arras en mai 1940 à tout juste 20 ans dans "Piper To The End". La promo de cet album, comme les précédents, reste limitée … quelques showcases de qualité, d’environ une heure avec le groupe au complet sont organisés en Angleterre, Allemagne et Espagne. L’existence de tels évènements dépend de la présence d’un sponsor organisateur et de la capacité de la division locale de la maison de disque Mercury à co-financer avec le sponsor le déplacement du groupe et le concert. A noter un passage éclair à l’émission Taratata en France. Le choix des morceaux est un mélange de ses derniers albums, à peine deux morceaux du dernier opus sont joués : "Get Lucky" et "Monteleone".

85 concerts sont prévus pour la tournée 2010, elle sera donc légèrement moins importante que celle de 2005, identique à la tournée Golden Heart en 1996 (uniquement européenne) et plus prolifique que le Sailing To Philadelphia Tour de 2001. Contrairement aux deux dernières tournées, l’Amérique du Nord est visitée avant l’Europe, comme en 2001. L’Amérique du Sud, l’Australie ou encore l’Afrique du Sud n’auront pas le privilège de voir le Sultan en 2010. 28 concerts sont prévus outre atlantique, la plupart des salles nord-américaines sont des théâtres ou auditorium, aucun concert en extérieur n’est prévu cette année compte tenu de la période avril/mai. La tournée débute à Seattle le 8 Avril au Moore Theater, traversera le pays, s’arrêtera au Canada pour 3 concerts (Vancouver, Montréal et Toronto) et se terminera à Albany dans l’Etat de New York le 9 Mai. La plupart des grandes villes seront visitées : New York, Chicago, Denver, Los Angeles, exceptées Nashville, Miami, Atlanta et toutes les villes du sud du Golfe du Mexique. Après une pause de 10 jours Mark et sa bande débuteront la tournée européenne à Dublin le 19 Mai, s’ensuivront 14 concerts en Grande Bretagne dont une semaine complète au Royal Albert Hall de Londres. La plupart des pays européens verront le Get Lucky Tour, à noter toutefois un concert au prestigieux Festival de Montreux le 15 Juillet, un autre au Festival des Nuits de Fourvière à Lyon le 21 Juillet et surtout un concert dans les mythiques Arènes de Nîmes le 22 Juillet. La tournée s’achèvera par l’Espagne à la fin du mois de Juillet. Le groupe reste le même que lors de la tournée 2008, excepté John McCusker qui sera remplacé en Amérique du Nord par Tim O’Brien et Michael McGoldrick, mais il retrouvera sa place pour la tournée européenne. Nul doute que Mark Knopfler est impatient de retourner sur les routes avec son « équipage » et qu’il enchantera son public encore et toujours…



 
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